A Windows phone adventure
Plongeons nous un peu dans l'histoire oubliée du Windows Phone avec une micro-histoire, celle de ma première application publiée et rentable, à sa petite échelle.
Pré-histoire
Nous sommes en 2007, Apple vient de sortir son tout premier iPhone. À cette époque, je crée mon entreprise sur le net (une autre micro-histoire !). Je suis l'heureux possesseur d'un smartphone avec stylet et je fais partie des irréductibles réfractaires à l'iPhone.
Quelques années plus tard, en 2010, je craque pour un Windows Phone. J'adore le design, l'approche novatrice, la simplicité et... Nokia. Quelle nostalgie !
Microsoft, à ce moment-là, c'est l'ère du célèbre "developers, developers, developers" ! Et ils font ça très bien : évangélisation, événements, formations, hackathons… C'est amusant et terriblement tentant. Je participe à quelques hackathons, je gagne un petit prix et je noue de précieux contacts.
Novembre 2011 : Je vais être papa !
Panique à bord ! Moi, le geek un peu irresponsable, incapable de prévoir un week-end à l'avance ou de rappeler mes sœurs… je vais être père. C'est un enfant longuement désiré, attendu… Mais soudain, je ne me sens pas prêt du tout.
J'achète une bonne dizaine de livres, j'en loue d'autres. Je dévore tout sur la grossesse, la petite enfance, les guides pour les pères, pour les mères… Mais ça ne suffit pas. Où accoucher ? Comment ça va se passer ? Et quel prénom lui donner ? Je me lance dans des recherches effrénées.
Avec des nuits réduites à 4 ou 6 heures, j'ai du temps pour "geeker". Fin 2011, je décide de me lancer dans la création d'une application mobile. Le thème s'impose de lui-même : "bébé en route".
Planification
Jusqu'ici, mes applications étaient de petits projets de type hackathon. Mais celle-ci, elle sera utilisée par la future maman et par moi-même. Je veux qu'elle soit parfaite. J'attaque mes lectures et mon apprentissage en prenant des notes, en structurant mes nouvelles connaissances et, plus important encore, en listant nos besoins de futurs parents. Je passe en mode projet total : je deviens à la fois Chef de Projet et Product Owner.
Leçon apprise numéro 1 : Planifier c'est bien, mais à un moment, il faut se lancer.
MVP. Fin 2011, j'ai un MVP.
Leçon apprise numéro 2 : Présenter et utiliser un produit non fini.
J'ai des dizaines d'idées en tête, mais il faut confronter ce qui existe déjà avec la réalité de l'utilisateur. J'avais gagné un nouveau Windows Phone lors d'un hackathon, que la future maman récupère. Nous commençons à utiliser l'application à la maison. Beaucoup de développeurs indépendants n'osent pas montrer un projet dont ils ne sont pas pleinement satisfaits, par peur d'être jugés.
Je garde le cercle de testeurs très restreint, mais c'est suffisant. L'application évolue à une vitesse folle. Les cycles de mise à jour sont extrêmement courts.
Le Design "Metro"
S'il y a bien une chose que j'ai adorée avec Windows Phone, c'est son design. Des applications que je trouvais (et que je trouve toujours) modernes, épurées, parfaitement cadrées. Pas de fioritures inutiles, juste des guidelines claires à suivre. Je m'applique à respecter ces règles tout en les adaptant à mes besoins.
Avec une application au look professionnel, je me sens prêt à recontacter mes connaissances chez Microsoft et quelques développeurs à succès. Je peaufine les derniers détails visuels et je prépare le grand lancement.
Leçon apprise numéro 3 : Soigner l'apparence, c'est crucial !
Début 2012 : Préparation de la sortie
La journée, je suis développeur, certes, mais je suis surtout responsable des stratégies numériques d'une petite agence de communication. En plus de faire vivre ma propre startup, j'aide des clients à exister sur internet, sur Google, Facebook, etc.
Mais le monde des stores mobiles, je n'y connais absolument rien. Je l'ai lu dans des dizaines d'articles : la plupart des applications disparaissent dans les méandres des stores, tout comme la majorité des sites internet finissent à la 300ème page de Google.
Marketing de guérilla
Je définis un budget de promotion très modeste : 200 euros. Il sera dépensé en quelques semaines. 100 euros pour les 3 premiers jours, pour créer l'étincelle. Puis 100 euros répartis sur les deux semaines suivantes. Je place mes publicités là où mon expérience m'a montré le plus de résultats : Facebook et Google Ads. Le budget étant serré, je cible mon public avec une précision chirurgicale. Je ne peux pas me permettre de viser large juste pour "faire de l'image". Je dois être redoutablement efficace : femmes en couple, sans enfant ou avec un enfant de moins d'un an, approchant la trentaine en zone péri-urbaine, et 30-35 ans en zone urbaine.
Le coup de pouce du destin
Sur le store de Microsoft, il existe une section de mise en avant éditoriale non algorithmique. Je contacte Microsoft pour tenter d'obtenir ce précieux coup de pouce. C'est accepté (merci Microsoft) et efficace !
Le pari de la rentabilité
L'application ne sera pas gratuite. Les statistiques de Microsoft sont claires : seulement 4 à 10% des utilisateurs d'applications gratuites avec un "upgrade" payant finissent par acheter.
Les dernières semaines avant la sortie, je me consacre à tester et à définir précisément quelles fonctionnalités seront gratuites et lesquelles seront réservées à la version payante. Et surtout : aucune publicité. J'en vis professionnellement, mais je déteste ce principe sur un outil aussi personnel.
Avril 2012 : Le grand saut
Cinq mois après avoir appris que nous allions devenir parents, l'application est enfin prête. Mon excitation est à son comble, il est temps de la publier. Le prix de vente est plus que modeste : 0.99 euro ! Il est hors de question pour moi de rendre cette application totalement gratuite, pas même pour la faire connaître. C'est pourtant la stratégie conseillée par Microsoft et par un livre que j'avais adoré lire quelques mois plus tôt : "Que ferait Google à votre place ?"... Mais je décide de faire mon propre pari.
Premières statistiques !
Les trois premiers jours sont un mélange de déception et d'espoir. Décevants par le faible nombre de téléchargements. Mais incroyablement encourageants par les avis laissés, et surtout parce que, dès le début, je réalise 6 ventes pour seulement 26 téléchargements. Le ratio de conversion est bien au-delà de toutes les moyennes !
J'accélère ma petite campagne marketing et Microsoft met l'application en avant sur la page d'accueil du store (merci !). Mon but est de créer une "hype" suffisante pour grimper rapidement dans les classements et obtenir ensuite un trafic naturel.
Et ça fonctionne ! Du début à la fin de son existence, l'application trônera presque toujours à la première place de la catégorie familiale, et ne descendra jamais en dessous de la 3ème position.
Devenir rentable et écouter sa communauté
Il y a très peu de commentaires négatifs. Quelques-uns, tout de même, regrettent l'accès payant ou demandent de nouvelles fonctionnalités. Je les développe et les ajoute dans les jours qui suivent. Au début, il faut être hyper réactif. C'est une expérience vraiment exaltante de communiquer en direct avec les utilisateurs finaux sur un projet aussi personnel, de partager leur joie d'être de futurs parents, tout comme nous à ce moment-là.
Ceci dit, certains commentaires me semblent parfois abusifs, surtout lorsqu'ils proviennent de ceux qui utilisent uniquement la version gratuite.
Nous sommes maintenant en mai. Dans moins d'un mois, je serai papa. L'application est au sommet du store et près de 20% des utilisateurs choisissent d'acheter la version payante. Je me souviens alors d'une lecture sur "la stratégie prix" : si on augmente le tarif de 100% et qu'on perd 20% des acheteurs, on reste gagnant financièrement. Je décide donc de monter le prix à 1.99 euros. Résultat ? Les ventes augmentent, et les commentaires sont encore meilleurs ! Je n'avais pourtant pas touché à une seule ligne de code.
En juin, fort de ce succès, je renouvelle la manœuvre : je passe à 2.99 euros et je lève davantage de limitations dans la version gratuite.
12 juillet 2012.
Les téléchargements s'envolent. Le ratio d'applications payantes dépasse les 30%. Aucun commentaire négatif à l'horizon. C'est une question de valeur perçue : l'application est la plus chère de sa catégorie, trônant fièrement en haut du store. Les futurs parents ne veulent pas d'une application au rabais, ils veulent la meilleure pour accompagner ce moment unique.
Pour paraphraser le film "The pursuit of happiness", ce chapitre de ma vie, ce tout petit chapitre de ma vie, je l'ai appelé "bonheur".
… Et vous vous en doutez bien, il ne s'agissait pas seulement du succès de l'application.
code Sous le capot : Développer pour Windows Phone en 2012
Développer une application Windows Phone à l'époque reposait sur un écosystème robuste et élégant, hérité de WPF. L'interface utilisateur était conçue en XAML, un langage de balisage déclaratif puissant, tandis que la logique métier était écrite en C# avec le Framework .NET.
L'architecture reposait massivement sur le pattern MVVM (Model-View-ViewModel), permettant une séparation claire entre l'interface graphique et la logique, facilitant ainsi les tests et la maintenance grâce au puissant système de Data Binding.
- Contrôle de code source : Tout était versionné et géré via TFS (Team Foundation Server), l'ancêtre d'Azure DevOps.
- Multimédia : L'application intégrait des fonctionnalités avancées comme le Streaming Vidéo, tirant parti des contrôles natifs du framework pour offrir une expérience fluide.